Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/303

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Liaisons dont chacun a pu juger sur les apparences, selon les dispositions de son propre cœur, mais dans lesquelles la passion que m’inspira cette aimable femme, passion la plus vive peut-être qu’aucun homme oit jamais sentie, s’honorera toujours, entre le ciel & nous des rares & pénibles sacrifices faits par tous deux au devoir, à l’honneur, à l’amour & à l’amitié. Nous nous étions trop élevés aux yeux l’un de l’autre, pour pouvoir nous avilir aisément. Il faudroit être indigne de toute estime pour se résoudre à en perdre une de si haut prix, & l’énergie même des sentimens qui pouvoient nous rendre coupables, fut ce qui nous empêcha de le devenir.

C’est ainsi qu’après une si longue amitié pour l’une de ces deux femmes, & un si vif amour pour l’autre, je leur fis séparément mes adieux en un même jour, à l’une pour ne la revoir de ma vie, à l’autre pour ne la revoir que deux fois dans les occasions que je dirai ci-après.

Après leur départ je me trouvai dans un grand embarras pour remplir tant de devoirs pressans & contradictoires, suites de mes imprudences, si j’eusse été dans mon état naturel, après la proposition & le refus du voyage de Genève, je n’avois qu’à rester tranquille & tout étoit dit. Mais j’en avois sottement fait une affaire qui ne pouvoit rester dans l’état où elle étoit, & je ne pouvois me dispenser de toute ultérieure explication qu’en quittant l’Hermitage, ce que je venois de promettre à Mde. d’H[...]de ne pas faire, au moins pour le moment présent. De plus, elle avoit exigé que j’excusasse auprès de mes soi-disant amis, le refus de ce voyage, afin qu’on ne lui imputât pas ce refus. Cependant