Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/101

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il m’étoit aisé de devenir agresseur sans même qu’il s’en apperçût, ou qu’il pût s’en garantir. Les Prestolets de la Classe, non moins étourdis qu’ignorans, m’avoient mis eux-mêmes dans la position la plus heureuse que j’aurois pu désirer, pour les écraser à plaisir. Mais quoi ? Il falloit parler, & parler sur-le-champ, trouver les idées, les tours, les mots au moment du besoin, avoir toujours l’esprit présent, être toujours de sens froid, ne jamais me troubler un moment. Que pouvois-je espérer de moi, qui sentois si bien mon inaptitude à m’exprimer impromptu ? J’avois été réduit au silence le plus humiliant à Genève, devant une assemblée tout en ma faveur & déjà résolue de tout approuver. Ici c’étoit tout le contraire, j’avois affaire à un tracassier qui mettoit l’astuce à la place du savoir, qui me tendroit cent pièges avant que j’en apperçusse un, & tout déterminé à me prendre en faute à quelque prix que ce fût. Plus j’examinai cette position, plus elle me parut périlleuse, & sentant l’impossibilité de m’en tirer avec succès, j’imaginai un autre expédient. Je méditai un discours à prononcer devant le Consistoire, pour le récuser & me dispenser de répondre ; la chose étoit très-facile. J’écrivis ce discours & me mis à l’étudier par cœur avec une ardeur sans égale. Thérèse se moquoit de moi en m’entendant marmotter & répéter incessamment les mêmes phrases, pour tâcher de les fourrer dans ma tête. J’espérois tenir enfin mon discours ; je savois que le Châtelain, comme officier du prince, assisteroit au Consistoire, que malgré les manœuvres & les bouteilles de Montmollin, la plupart des Anciens étoient bien disposés pour