Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/118

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qu’une seule maison, mais vaste & commode, où loge le receveur, & située dans un enfoncement qui la tient à l’abri des vents.

À cinq ou six cens pas de l’île, est, du côté du sud, une autre île beaucoup plus petite, inculte, & déserte, qui paraît avoir été détachée autrefois de la grande par les orages, & ne produit parmi ses graviers que des saules, & des persicaires, mais où est cependant un tertre élevé, bien gazonné, & très agréable. La forme de ce lac est un ovale presque régulier. Ses rives, moins riches que celles des lacs de Genève, & de Neuchâtel, ne laissent pas de former une assez belle décoration, sur-tout dans la partie occidentale, qui est très peuplée, & bordée de vignes au pied d’une chaîne de montagnes, à peu près comme à Côte-Rôtie, mais qui ne donnent pas d’aussi bons vins. On y trouve, en allant du sud au nord, le bailliage de St. Jean, Neuveville, Bienne, & Nidau à l’extrémité du lac ; le tout entremêlé de villages très agréables.

Tel étoit l’asyle que je m’étois ménagé, & où je résolus d’aller m’établir en quittant le Val-de-Travers.*

[*Il n’est peut-être pas inutile d’avertir que j’y laissois un ennemi particulier dans un M. du T

[errau] x, maire des Verrières, en très-médiocre estime dans le pays, mais qui a un frère, qu’on dit honnête homme, dans les bureaux de M. de St. Florentin. Le maire l’étoit allé voir quelque tems avant mon aventure. Les petites remarques de cette espèce, qui par elles-mêmes ne sont rien, peuvent mener dans la suite à la découverte de bien des souterrains.] Ce choix étoit si conforme à mon goût pacifique, à mon humeur solitaire, & paresseuse, que je le compte parmi les douces rêveries dont je me suis le plus vivement passionné.