Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/119

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Il me sembloit que dans cette isle je serois plus séparé des hommes, plus à l’abri de leurs outrages, plus oublié d’eux, plus livré, en un mot, aux douceurs du désœuvrement & de la vie contemplative : J’aurois voulu être tellement confiné dans cette isle que je n’eusse plus de commerce avec les mortels, & il est certain que je pris toutes les mesures imaginables pour me soustraire à la nécessité d’en entretenir.

Il s’agissoit de subsister, & tant par la cherté des denrées que par la difficulté des transports, la subsistance est chère dans cette isle, où d’ailleurs on est à la discrétion du receveur. Cette difficulté fut levée par un arrangement que Du Peyrou voulut bien prendre avec moi, en se substituant à la place de la compagnie qui avoit entrepris & abandonné mon édition générale. Je lui remis tous les matériaux de cette édition. J’en fis l’arrangement & la distribution. J’y joignis l’engagement de lui remettre les mémoires de ma vie, & je le fis dépositaire généralement de tous mes papiers, avec la condition expresse de n’en faire usage qu’après ma mort, ayant à cœur d’achever tranquillement ma carrière, sans plus faire souvenir le public de moi. Au moyen de cela la pension viagère qu’il se chargeoit de me payer suffisoit pour ma subsistance. Milord Maréchal ayant recouvré tous ses biens, m’en avoit offert une de douze cent francs que je n’avois acceptée qu’en la réduisant à la moitié. Il m’en voulut envoyer le capital que je refusai, par l’embarras de le placer. Il fit passer ce capital à Du Peyrou entre les mains de qui il est resté, & qui m’en paye la rente viagère sur le pied convenu avec le constituant.