Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/144

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je ne laissois pas, connoissant leur dureté, d’être en quelque peine sur la manière dont ils me les laisseroient traverser, quand M. le baillif de Nidau vint tout à propos me tirer d’embarras. Comme il avoit hautement improuvé le violent procédé de LL. EE., il crut, dans sa générosité, me devoir un témoignage public qu’il n’y prenoit aucune part, & ne craignit pas de sortir de son bailliage pour venir me faire une visite à Bienne. Il vint la veille de mon départ, & loin de venir incognito, il affecta même du cérémonial, vint in fiocchi dans son carrosse avec son secrétaire, & m’apporta un passeport en son nom pour traverser l’état de Berne à mon aise, & sans crainte d’être inquiété. La visite me toucha plus que le passeport. Je n’y aurois guère été moins sensible quand elle auroit eu pour objet un autre que moi. Je ne connois rien de si puissant sur mon cœur qu’un acte de courage fait à propos, en faveur du foible injustement opprimé.

Enfin, après m’être avec peine procuré une chaise, je partis le lendemain matin de cette terre homicide, avant l’arrivée de la députation dont on devoit m’honorer, avant même d’avoir pu revoir Thérèse, à qui j’avois marqué de me venir joindre quand j’avois cru m’arrêter à Bienne, & que j’eus à peine le tems de contremander par un mot de lettre, en lui marquant mon nouveau désastre ; on verra dans ma troisième partie, si jamais j’ai la force de l’écrire, comment, croyant partir pour Berlin, je partis en effet pour l’Angleterre, & comment les deux Dames qui vouloient disposer de moi, après m’avoir à force d’intrigues chassé de