Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/165

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y être vu avec plaisir de tous le monde, je partirois dés demain ; mais, mon bon ami, ne vous y trompez pas, tous les Genevois n’ont pas pour moi le cœur de mon ami V.... s ; tout ami de la vérité trouvera des ennemis partout, & il m’est moins dur d’en trouver partout ailleurs, que dans ma patrie. D’ailleurs, mes chers Genevois travaille, on travaille à vous mettre tous sur un si bon ton, & l’on y réussit si bien, que je vous trouve trop avancés pour moi. Vous voilà tous si élégans, si brillans, si agréables, que seriez-vous de ma bizarre figure & de mes maximes gothiques ? Que deviendrois -je au milieu de vous à présent que vous avez un maître en plaisanteries qui vous instruit si bien ? Vous me trouveriez fort ridicule, & moi je vous trouverois fort jolis ; nous aurions grand peine à nous accorder ensemble. Je ne veux point vous répéter mes veilles rabâcheries, ni aller chercher de l’humeur parmi vous. Il vaut mieux rester en des lieux où, si. je vois des choses qui me déplaisent, l’intérêt que j’y prends n’est pas assez grand pour me tourmenter. Voilà, quant à présent, la disposition où je me trouve, & mes raisons pour pas changer, tant que ne convenant pas au pays où vous êtes, je ne serai pas dans ce pays-ci un hôte trop insupportable, & jusqu’ici je n’y suis pas traité comme tel. Que s’il m’arrivoit jamais d’être obligé d’en sortir, j’espère que je ne rendrois pas si peu d’honneur à ma patrie que de la prendre pour un pis-aller.

Adieu, cher V.... s, je n’ai pas oublié le temps où vous m’offrîtes de me venir voir, & où, quand je vous eus pris