Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/176

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fut-il même injustement détenu, est encore une rebellion qu’on ne peut justifier, & que les puissances sont toujours en droit de punir. Je comprends qu’il y a des vexations si dures qu’elles lassent même la patience des justes. Cependant qui veut être Chrétien, doit apprendre à souffrir ; & tout homme doit avoir une conduite conséquente à sa doctrine. Ces objections peuvent être mauvaises ; mais toutefois si on me les faisoit, je ne vois pas trop ce que j’aurois à repliquer.

Malheureusement je ne suis pas dans le cas d’en courir le risque. Je suis très-peu connu de M......, & je ne le suis même que par quelque tort qu’il a eu jadis avec moi, ce qui ne le disposeroit pas favorablement pour ce que j’aurois à lui dire ; car, comme vous devez savoir, quelquefois l’offensé pardonne, mais l’offenseur ne pardonne jamais. Je ne suis pas en meilleur prédicament auprès des ministres, & quand j’ai eu à demander à quelqu’un d’eux, non des grâces, je n’en demande point, mais la justice la plus claire & la plus due, je n’ai pas même obtenu de réponse. Je ne serois, par un zèle indiscret, que gâter la cause pour laquelle je voudrois m’intéresser. Les amis de la vérité ne sont pas bien venus dans les cours, & ne doivent pas s’attendre à l’être. Chacun a sa vocation sur la terre ; la mienne est de dire au public des vérités dures, mais utiles ; je tâche de la remplir, sans m’embarrasser du mal que m’en veulent les méchans, & qu’ils me sont quand ils peuvent. J’ai prêché l’humanité, la douceur, la tolérance autant qu’il a dépendu de moi, ce n’est pas ma