Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/193

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


parti je dois prendre, si j’ai encore long-temps à traîner mes chagrins & mes maux ; car cela commence à devenir long, & n’ayant rien prévu de ce qui m’arrive, j’ai peine à savoir comment je dois m’en tirer. J’ai demandé à M. de Malesherbes la copie de quatre lettres que je lui écrivis l’hiver dernier, croyant avoir peu de temps encore à vivre, & n’imaginant pas que j’aurois tant à souffrir. Ces lettres contiennent la peinture exacte de non caractère & la clef toute ma conduite, autant que j’ai pu lire dans mon propre cœur. L’intérêt que vous daignez prendre à moi me fait croire que vous ne serez pas fâché de les lire, & je les prendrai en allant à Colombier.

On m’écrit de Pétersbourg que l’Impératrice fait propose à M. d’Alembert d’aller élever son fils. J’ai répondu là-dessus que M. d’Alembert avoit de la philosophie, du savoir & beaucoup d’esprit, mais que s’il élevoit ce petit garçon, il n’en seroit ni un conquérant ni un sage, qu’il en seroit un arlequin.

Je vous demande pardon, Milord, de mon ton familier je n’en saurois prendre un autre quand mon cœur s’épanche, & quand un homme a de l’étoffe en lui-même, je ne regarde plus à ses habits. Je n’adopte nulle formule, n’y voyant aucun terme fixe pour s’arrêter, sans être faux. J’en pourrois cependant adopter une auprès de vous, Milord, sans courir ce risque ce seroit celle du bon Ibrahim.*

[* Ibrahim, esclave Turc de Milord Maréchal, finissoit les lettres qu’il lui adressoit par cette formule : je suis plus votre ami que jamais, Ibrahim.]