Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/206

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LETTRE AU MÊME.

À Motiers le 4 Juin 1763.

J’ai si peu de bons momens, en ma vie, qu’à peine espérois- je d’en retrouver d’aussi doux que ceux que vous m’avez donnés. Grand merci, cher ami ; si vous avez été content de moi, je l’ai été encore plus de vous. Cette simple vérité vaut bien vos éloges ; aimons - nous assez l’un l’autre pour n’avoir plus à nous louer.

Vous me donnez pour Mlle. C..... une commission dont je m’acquitterai mal, précisément à cause de mon estime pour elle. Le refroidissement de M. G..... me fait mal penser de lui ; j’ai revu son livre ; il y court après l’esprit ; il s’y guinde : M. G..... n’est point mon homme ; je ne puis croire qu’il soit celui de Mlle. C..... : qui ne sent pas son prix, n’est pas digne d’elle ; mais qui l’a pu sentir, & s’en détache, est un homme à mépriser. Elle ne sait ce qu’elle veut ; cet homme la sert mieux que son propre cœur. J’aime cent fois mieux qu’il la lasse pauvre & libre au milieu de vous, que de l’emmener être malheureuse & riche en Angleterre. En vérité je souhaite que M. G...... ne vienne pas. Je voudrois me déguiser, mais je ne saurois ; je voudrois bien faire, & je sens que je gâterai tout.

Je tombe des nues au jugement de M. de Monclar. Tous les hommes vulgaires, tous les petits littérateurs sont faits