Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/224

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LETTRE À Mr. DELEYRE.

......17 Octobre 1764.

J’ai le cœur surchargé de mes torts, cher Deleyre ; je comprends par votre lettre qu’il m’est échappé, dans un moment d’humeur, des expressions désobligeantes, dont vous auriez raison d’être offensé, s’il ne falloit pardonner beaucoup à mon tempérament & à ma situation. Je sens que je me suis mis en colère sans sujet, & dans une occasion où vous méritiez d’être désabusé & non querellé. Si ’j’ai plus fait, & que je vous aye outragé, comme il semble par vos reproches, j’ai fait, dans un emportement ridicule, ce que dans nul autre temps je n’aurois fait avec personne, & bien moins encore avec vous. Je suis inexcusable, je l’avoue’, mais je vous ai offensé sans le vouloir. Voyez moins l’action que l’intention, je vous en supplie. Il est permis aux autres hommes de n’être que justes, mais les amis doivent être clémens.

Je reviens de longues courses que j’ai fait dans nos montagnes, & même jusqu’en Savoie, où je comptois aller prendre à Aix les bains pour une sciatique naissante qui, par son progrès, m’ôtoit le seul plaisir qui me reste dans la vie, savoir la promenade. Il a fallu revenir, sans avoir été jusques-là. Je trouve en rentrant chez moi des tas de paquets & de lettres à faire tourner la tête. Il faut absolument répondre au tiers de tout cela, pour le moins. Quelle tâche ! Pour