Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/227

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LETTRE À Mde. P***.

Motiers 24 Octobre 1764.

J’ai reçu vos deux lettres, Madame : c’est avouer tous mes torts ; ils sont grands, mais involontaires ; ils tiennent aux désagrémens de mon état. Tous les jours je voulois vous répondre, & tous les jours des réponses plus indispensables venoient renvoyer celle-là : car enfin avec la meilleure volonté du monde, on ne sauroit passer la vie à faire des réponses du matin jusqu’au soir. D’ailleurs je n’en connois point de meilleure aux sentimens obligeons dont vous m’honorez, que de tâcher d’en être digne, & de vous rendre ceux qui vous sont dûs. Quant aux opinions sur lesquelles vous me marquez que nous ne sommes pas d’accord, qu’aurois-je à dire ? moi qui ne dispute jamais avec personne, qui trouve très-bon que chacun ait ses idées, & qui ne veux pas plus qu’on se soumette aux miennes, que me soumettre à celles d’autrui. Ce qui me sembloit utile & vrai, j’ai cru de mon devoir de le dire ; mais je n’eus jamais la manie de vouloir le faire adopter, & je réclame pour moi la liberté que je laisse à tout le monde. Nous sommes d’accord, Madame, sur les devoirs des gens de bien, je n’en doute point. Gardons au reste, vous vos sentimens, moi les miens, & vivons en paix. Voilà mon avis. Je vous salue, Madame, avec respect & de tout mon cœur.