Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/24

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pouvoit me convenir, & dans lequel ils se feroient l’un & l’autre un plaisir de m’établir. Cette proposition me toucha & ne me déplut pas. Avant toute chose, il falloit voir le lieu ; nous convînmes du jour où M. le Maréchal enverroit son valet de chambre avec une voiture, pour m’y conduire. Je me trouvai ce jour-là fort incommodé ; il fallut remettre la partie, & les contretemps qui survinrent m’empêchèrent de l’exécuter. Ayant appris depuis que la terre de Merlou n’étoit pas à M. le Maréchal, mais à Madame, je m’en consolai plus aisément de n’y être pas allé.

L’Emile parut enfin, sans que j’entendisse plus parler de cartons ni d’aucune difficulté. Avant sa publication, monsieur le maréchal me redemanda toutes les lettres de M. de M........s qui se rapportoient à cet ouvrage. Ma grande confiance en tous les deux, ma profonde sécurité m’empêchèrent de réfléchir à ce qu’il y avoit d’extraordinaire & même d’inquiétant dans cette demande. Je rendis les lettres, hors une ou deux, qui, par mégarde, étoient restées dans des livres. Quelque tems auparavant, M. de M........s m’avoit marqué qu’il retiroit les lettres que j’avois écrites à Duchesne durant mes alarmes au sujet des Jésuites, & il faut avouer que ces lettres ne faisoient pas grand honneur à ma raison. Mais je lui marquai qu’en nulle chose je ne voulois passer pour meilleur que je n’étais, & qu’il pouvoit lui laisser les lettres. J’ignore ce qu’il a fait.

La publication de ce livre ne se fit point avec cet éclat d’applaudissemens qui suivoit celle de tous mes écrits. Jamais ouvrage n’eut de si grands éloges particuliers, ni si peu