Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/256

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LETTRE À Mr. D. P.... u.

...... 22 Avril 1765.

L’amitié est une chose si sainte, que le nom n’en doit pas même être employé dans l’usage ordinaire. Ainsi nous serons amis, & nous ne nous dirons pas mon ami. J’eus un sur-nom jadis que je crois mériter mieux que jamais. À Paris on ne m’appeloit que le Citoyen. Rendez-moi ce titre qui m’est si cher, & que j’ai paye si cher ; faites même ensorte qu’il se propage, & que tous ceux qui m’aiment, ne m’appellent jamais Monsieur, mais en parlant de moi, le Citoyen, & en m’écrivant, mon cher Citoyen. Je vous charge de faire connoître ce que je désire, & je crois que tous vos amis & les miens me seront volontiers ce plaisir. En attendant, commencez par donner l’exemple. À votre égard, prenez un nom de société qui vous plaise, & que je puisse vous donner. Je me plais a songer que vous devez être un jour mon cher hôte, & j’aimerois a vous en donner le titre d’avance ; mais celui-la, ou un autre, prenez-en un qui soit de votre goût, & qui supprime entre nous le maussade mot de Monsieur que l’amitié & la familiarité doivent proscrire.

Je souffre toujours beaucoup. Je vous embrasse.