Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/27

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


J’appris que les officiers de M. le prince de Conti n’en usoient guère moins durement sur ses terres ; je tremblois que ce prince, pour lequel j’étois pénétré de respect & de reconnoissance, ne prît pour lui ce que l’humanité révoltée m’avoit fait dire pour d’autres, & ne s’en tînt offensé. Cependant, comme ma conscience me rassuroit pleinement sur cet article, je me tranquillisai sur son témoignage, & je fis bien. Du moins, je n’ai jamais appris que ce grand prince oit fait la moindre attention à ce passage, écrit longtemps avant que j’eusse l’honneur d’être connu de lui.

Peu de jours avant ou après la publication de mon livre, car je ne me rappelle pas bien exactement le temps, parut un autre ouvrage sur le même sujet, tiré mot à mot de mon premier volume, hors quelques platises dont on avoit entremêlé cet extroit. Ce livre portoit le nom d’un Genevois, appelé Balexert, & il étoit dit, dans le titre, qu’il avoit remporté le prix à l’académie de Harlem. Je compris aisément que cette académie & ce prix étoient d’une création toute nouvelle, pour déguiser le plagiat aux yeux du public ; mais je vis aussi qu’il y avoit à cela quelque intrigue antérieure, à laquelle je ne comprenois rien ; soit par la communication de mon manuscrit, sans quoi ce vol n’auroit pu se faire ; soit pour bâtir l’histoire de ce prétendu prix, à laquelle il avoit bien fallu donner quelque fondement. Ce n’est que bien des années après que sur un mot échappé à d’Ivernois, j’ai pénétré le mystère & entrevu ceux qui avoient mis en jeu le Sieur Balexert.

Les sourds mugissemens qui précèdent l’orage commençoient