Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/295

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


n’eussent osé faire. Mais bien qu’eux & moi fussions ses domestiques, il ne s’ensuit point que nous fussions ses valets.

Il est vrai qu’ayant répondu sans insolence, mais avec fermeté aux brutalités de l’Ambassadeur, dont le ton ressembloit assez à celui de M. de Voltaire, il me menaça d’appeler ses gens, & de me faire jeter par les fenêtres. Mais ce que M. de Voltaire ne dit pas, & dont tout Venise rit beaucoup dans ce temps-là, c’est que sur cette menace, je m’approchai de la porte de son cabinet, où nous étions ; puis l’ayant fermée, & mis la clef dans ma poche, je reviens à M. de M......u, & lui dis : non pas, s’il vous plaît M. l’Ambassadeur. Les tiers sont incommodes dans les explications. Trouvez bon que celle-ci se passe entre nous. À l’instant son Excellence devint très-polie ; nous nous séparâmes fort honnêtement, & je sortis de sa maison, non honteusement, comme il plaît à M. de Voltaire de me faire dire, mais en triomphe. J’allai loger chez l’abbé Patizel chancelier du Consular. Le lendemain M. le Blond consul de France me donna un dîner où M. de St. Cir, & un partie de la nation françoise se trouva ; toutes les bourses me furent ouvertes, & j’y pris l’argent dont j’avois besoin, n’ayant pu être payé de mes appointemens. Enfin je partis accompagné & fêté de tout le monde, tandis que l’Ambassadeur, seul & abandonné dans son palais, y rongeoit son frein. M. le Blond doit être maintenant à Paris, & peut attester tout cela ; le chevalier de Carrion alors mon confrère ami, & mon ami, secrétaire de l’Ambassadeur d’Espagne, & depuis secrétaire