Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/297

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je tenois ce discours ; c’étoit au contraire pour m’en défendre, & cela, Monsieur, est très différent. Celui qui veut me servir à sa mode, & non pas à la mienne, cherche l’ostentation du titre de bienfaiteur, & je vous avoue que rien au monde ne me touche moins que de pareils soins. À voir la multitude prodigieuse de mes bienfaiteurs, on doit me croire dans une situation bien brillante. J’ai pourtant beau regarder autour de moi, je n’y vois point les grands monumens de tant de bienfaits. Le seul vrai bien dont je jouis, est la liberté ; & ma liberté, grâce au ciel, est mon ouvrage. Quelqu’un s’ose-t-il vanter d’y avoir contribué ? Vous seul, ô George Keith ! pouvez le faire, & ce n’est pa vous qui m’acculerez d’ingratitude. J’ajoute à Milord Maréchal, mon ami Du Peyrou. Voilà mes vrais bienfaiteurs. Je n’en connois point d’autres. Voulez-vous donc me lier par des bienfaits ? faites qu’ils soient de mon choix, & non pas du vôtre, & soyez sûr que vous ne trouverez de la vie un cœur plus vraiment reconnoissant que le mien. Telle est ma façon de penser que je n’ai point déguisée ; vous êtes jeune, vous pouvez la dire à vos amis ; & si vous trouvez quelqu’un qui la blâme, ne vous fiez jamais à cet homme-là.