Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/313

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


par mon cœur, qui n’eut jamais pour vous que des sentimens honorables. Au contrair, quoique vos expressions le soient toujours, vos idées louvent ne le sont guères ; & voilà ce qui dans le fort de mes afflictions, a souvent achevé de m’abattre. En me supposant tous les torts dont vous m’avez chargé, il falloit peut être attendre un autre moment pour me les dire, ou du moins vous résoudre à endurer ce qui en pouvoit résulter. Je ne prétends pas, à Dieu ne plaise, m’excuser ici, ni vous charger ; mais seulement vous donner des raisons qui me semblent justes, d’oublier les torts d’un ami dans mon état. Je vous en demande pardon de tout mon cœur ; j’ai grand besoin que vous me l’accordiez ; & je vous proteste avec vérité, que je n’ai jamais cessé un seul moment, d’avoir pour vous tous les sentimens que j’aurois desiré vous trouver pour moi.

La punition a suivi de près l’offense. Vous ne pouvez douter du tendre intérêt que je prends à tout ce qui tient à votre santé ; & vous refusez de me parler des suites de votre voyage de Beffort. Heureusement vous n’avez pu être méchant qu’à demi, & vous me laissez entrevoir un succès dont je brûle d’apprendre la confirmation. Ecrivez-moi là-dessus en détail, mon aimable hôte ; donnez-moi tout à la fois, le plaisir de savoir que vos remèdes opèrent, & celui d’apprendre que je suis pardonné. J’ai le cœur trop plein de ce besoin, pour pouvoir aujourd’hui vous parler d’autre chose ; & je finis en vous répétant du fond de mon ame, que mon tendre attachement, & mon vrai respect pour vous ne peuvent pas plus sortir de mon cœur que l’amour de la vertu.