Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/348

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


LETTRE AU MÊME.

À Trie le 12 Août 1767.

Je suis affligé, Monsieur, que vous me mettiez dans le cas d’avoir un refus à vous faire, mais ce que vous me demandez est contraire à ma plus inébranlable résolution, même à mes engagemens, & vous pouvez être assuré que de ma vie une ligne de moi ne sera imprimée de mon aveu. Pour ôter même une fois pour toutes les sujets de tentation, je vous déclare que dès ce moment, je renonce pour jamais à toute autre lecture que des livres de plantes, & même à celle des articles de vos lettres qui pourroient réveiller en moi des idées que je veux & dois étouffer. Après cette déclaration, Monsieur, si vous revenez à la charge, ne vous offensez pas que ce soit inutilement.

Vous voulez que je vous rende compte de la manière dont je suis ici. Non, mon respectable ami, je ne déchirerai pas votre noble cœur par un semblable récit. Les traitemens que j’éprouve en ce pays de la part de tous les habitans sans exception, & dès l’instant de mon arrivée, sont trop contraires à l’esprit de la nation, & aux intentions du grand Prince qui m’a donné cet hospice, pour que je les puisse imputer qu’à un esprit de vertige dont je ne veux pas même rechercher la cause. Puissent-ils rester ignorés de toute la terre, & puissai-je parvenir moi-même à les regarder comme non avenus !