Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/357

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Au premier moment où vous vous déplairez ici, partez-en, rien n’est plus juste ; mais arrangez-vous de telle sorte, qu’il n’y ait que l’ennui qui vous en puisse chasser. J’ai dit.

Je ne suis pas absolument fâché des petits tracas qu’a pu vous donner la recherche des livres de botanique. Promenades, diversions, distractions, sont choses bonnes pou la convalescence ; mais il ne faut pas vous inquiéter du peu de succès de vos recherches ; j’en étois déjà presque sûr d’avance, & c’étoit en prévoyant qu’on trouveroit peu de livres de botanique à Paris, que j’en notois un grand nombre pour mettre au hasard la rencontre de quelqu’un. Il est étonnant à quel point de crasse ignorance & de barbarie, on reste en France, sur cette belle & ravissante étude, que l’illustre Linnæus a mise à la mode dans tout le reste de l’Europe. Tandis qu’en Allemagne, & en Angleterre, les princes & les grands sont leurs délices de l’étude des plantes, on la regarde encore ici comme une étude d’apothicaire ; & vous ne sauriez croire quel profond mépris on a conçu pour moi, dans ce pays, en me voyant herboriser. Ce superbe tapis dont la terre est couverte, ne montre à leurs yeux que lavemens & qu’emplâtres, & ils croient que je passe ma vie à faire des purgations. Quelle surprise pour eux, s’ils avoient vu Mde. la Duchesse de Portland, dont j’ai l’honneur d’être l’herboriste, grimper sur des rochers où j’avois peine à la suivre, pour aller chercher le Chamaedrys frustescens & la saxifraga Alpina ! Or, pour revenir, il n’y a donc rien de surprenant que vous ne trouviez pas à Paris des livres de