Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/360

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Je suis très-charmé que vous soyez content de vos petits repas tête-à-tête, & je désire extrêmement que vous preniez l’habitude de dîner en ville le moins qu’il se pourra ; d’autant plus que le froid terrible qu’il fait, & dont l’influence m’est bien cruelle, la neige abondante par laquelle il se terminera probablement, doivent vous empêcher de songer à votre départ jusqu’à ce que le temps s’adoucisse, & que les chemins deviennent praticables. Quoique je vous avoue bien que votre long séjour à Paris ne me laisseroit pas sans inquiétude, si vous n’aviez avec vous un bon surveillant qui, j’espère ne s’embarrassera pas plus que moi de vous déplaire pour vous conserver. Je me tranquillise donc, & je tranquillise de mon mieux ma pauvre sœur, non moins inquiète que moi, espérant que dans ce temps rigoureux, vous veillerez attentivement l’un sur l’autre, ensorte que vous vous rendiez tous deux à vos Pénates sains & saufs. Ainsi soit-il. Cette bonne fille est transportée de joie de votre heureuse arrivée ; & je vois avec grand plaisir qu’elle cède à cette pente si naturelle, & si honorable au cœur humain, de s’attacher aux gens avec plus de tendresse, par les soins qu’on leur a rend. Quant à ce que vous, ajoutez qu’elle s’est fait gronder plus d’une fois par ton frère, à cause des soins, des attentions & des complaisances qu’elle avoit pour vous, cela me paroît si plaisant que n’étant pas aussi gaillard que vous, je n’y trouve rien à répondre.

Vous avez raison de croire que les détails de vos déjeûnés & dînés me sont grand plaisir ; ajoutez même, & grand bien ; car ils me rendent l’appétit que le froid excessif m’ôte.