Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/386

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& de biens qu’il fallut assurer, ce seroit autre chose ; mais vous savez très-bien que nous ne sommes ni elle ni moi dans ce cas - là ; chacun des deux est à l’autre, avec tout son être & son avoir, voilà tout.

Pouviez - vous espérer, mon cher hôte, que la liberté se maintiendroit chez vous, vous qui devez savoir qu’il ne reste plus nulle part de liberté sur la terre, si ce n’est dans le cœur de l’homme juste, d’où rien ne la peut chasser ? Il me semble aussi, je l’avoue, que vos peuples n’usoient pas de la leur en hommes libres, mais en gens effrénés. Ils ignoroient trop, ce me semble, que la liberté, de quelque manière qu’on en jouisse, ne se maintient qu’avec de grandes vertus. Ce qui me fâche d’eux, est qu’ils avoient d’abord les vices de la licence, & qu’ils vont tomber maintenant dans ceux de la servitude. Par tout excès : la vertu seule, dont on ne s’avise jamais, seroit le milieu.

Recevez mes remercîmens des papiers que vous avez remis à notre amie, & qui pourront me donner quelque distraction dont j’ai grand besoin. Je vous remercie aussi des plantes que vous aviez chargé Gagnebin de recueillir, quoiqu’il n’ait pas rempli votre intention. C’est de cette bonne intention que je vous remercie, elle me flatte plus que toutes les plantes du monde. Les tracas éternels qu’on me fait souffrir me dégoûtent un peu de la botanique, qui ne me paroît un amusement délicieux, qu’autant qu’on peut s’y livrer tout entier. Je sens que pour peu que l’on me tour mente encore je m’en détacherai tout-à-fait. Je n’ai pas laissé pourtant de trouver en ce pays quelques plantes, sinon