Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/39

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partagé la prospérité de mes beaux jours ; il te reste, puisque tu le veux, à partager mes misères. N’attends plus qu’affronts & calamités à ma suite. Le sort que ce triste jour commence pour moi, me poursuivra jusqu’à ma dernière heure.

Il ne me restoit plus qu’à songer au départ. Les huissiers avoient dû venir à dix heures. Il en étoit quatre après midi quand je partis, & ils n’étoient pas encore arrivés. Il avoit été décidé que je prendrois la poste. Je n’avois point de chaise, M. le Maréchal me fit présent d’un cabriolet, & me prêta des chevaux & un postillon jusqu’à la premiere poste, où, par les mesures qu’il avoit prises, on ne fit aucune difficulté de me fournir des chevaux.

Comme je n’avois point dîné à table, & ne m’étois pas montré dans le château, les Dames vinrent me dire adieu dans l’entresol où j’avois passé la journée. Mde. la Maréchale m’embrassa plusieurs fois d’un air assez triste ; mais je ne sentis plus dans ces embrassemens les étreintes de ceux qu’elle m’avoit prodigués il y avoit deux ou trois ans. Mde. de B.......s m’embrassa aussi, & me dit de fort belles choses. Un embrassement qui me surprit davantage, fut celui de Mde. de M[irepoi]x ; car elle étoit aussi-là. Mde. la Maréchale de M[irepoi]x est une personne extrêmement froide, décente & réservée, & ne me paraît pas tout-à-fait exempte de la hauteur naturelle à la maison de Lorraine. Elle ne m’avoit jamais témoigné beaucoup d’attention. Soit que, flatté d’un honneur auquel je ne m’attendois pas, je cherchasse à m’en augmenter le prix ; soit qu’en effet elle eût mis dans cet embrassement