Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/396

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pour avoir peur de désobéir. Que me veulent-ils maintenant qu’ils me tiennent tout-à-fait ? Je l’ignore, je sais seulement qu’ils ne me veulent ni à Trie, ni dans une ville, ni au voisinage d’aucun ami, ni même au voisinage de personne ; & qu’ils ne veulent autre chose encore que simplement de s’assurer de moi. Convenez que voilà de quoi donner à penser. Comment le Prince me protégera-t-il ailleurs, s’il n’a pu me protéger dans sa maison même ? Que deviendrai-je dans ces montagnes, si je vais m’y fourrer sans préliminaire ; sans connoissance, & sûr d’être, comme partout, la dupe & la victime du premier fourbe qui viendra me circonvenir ? Si nous prenons des arrangemens d’avance ; il arrivera ce qui est toujours arrivé ; c’est que M. le Prince de Conti, & Mde. la Maréchale ne pouvant les cacher aux Machiavelistes qui les entourent, & qui se gardent bien de laisser voir leurs desseins secrets, leur donneront le plus beau jeu du monde pour dresser d’avance leurs batteries dans le lieu que je dois habiter. Je serai attendu-là, comme je l’étois à Grenoble, & comme je le suis partout où l’on sait que je veux aller. Si c’est une maison isolée, la chose leur sera cent sois plus commode : ils n’auront à corrompre que les gens dont je dépendrai pour tout & en tout. Si ce n’étoit que pour m’espionner, à la bonne heure, & très-peu m’importe. Mais c’est pour autre chose, comme je vous l’ai prouvé, & pourquoi ? Je l’ignore, & je m’y perds ; mais convenez que le doute n’est pas attirant.

Voilà, Monsieur, des considérations que je vous prie de bien peser, à quoi j’ajoute les incommodités infinies d’une habitation isolée pour un étranger à mon âge, & dans mon