Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/397

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état ; la dépense au moins triple, les idées terribles auxquelles je dois être en proie, ainsi séquestré du genre-homme, non volontairement & par goût, mais par force & pour assouvir la rage de mes oppresseurs : car d’ailleurs je vous jure que mon même goût pour la solitude est plutôt augmenté que diminué par mes infortunes, & que si j’étois pleinement libre & maître de mon sort, je choisirois la plus profonde retraite pour y finir mes jours. Bien plus, une captivité déclarée, n’auroit rien de pénible & de triste pour moi. Qu’on me traite comme on voudra, pourvu que ce soit ouvertement, je puis tout souffrir sans murmure ; mais mon cœur ne peut tenir aux flagorneries d’un sot fourbe qui se croit fin parce qu’il est faux ; j’étois tranquille aux cailloux des assassins de Motiers, & ne puis l’être aux phases des admirateurs de Grenoble.

Il faut vous dire encore que ma situation présente est trop désagréable & violente pour que je ne saisisse pas la première occasion d’en sortir ; ainsi des arrangemens d’une exécution éloignée, ne peuvent jamais être pour moi des engagemens absolus qui m’obligent à renoncer aux ressources qui peuvent se présenter dans l’intervalle. J’ai dû, Monsieur, entrer avec vous dans ces détails, auxquels je dois ajouter que l’espèce de liberté de disposer de moi, que me ressources me laissent, n’est pas illimitée, que ma situation la restreint tous les jours, que je ne puis former des projets que pour deux ou trois années, passé lesquelles d’autres lois ordonneront de mon sort, & de celui de ma compagne ; mais l’avenir éloigné ne m’a jamais effrayé. Je sens qu’en général,