Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/403

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Voyant qu’on ne me laisseroit jamais en repos dans le royaume, j’ai résolu d’en sortir ; j’ai demandé un passe-port à M. de Choiseul qui après m’avoir laissé long-temps sans réponse, vient enfin de m’envoyer ce passe - port. Sa lettre est très-polie, mais n’est que cela ; il m’en avoir écrit auparavant d’obligeantes. Ne point m’inviter à ne pas faire usage de ce passe-port, c’est m’inviter en quelque sorte à en faire usage. Il ne convient pas d’importuner les ministres pour rien. Cependant depuis le moment où j’ai demandé ce passe-port jusqu’à celui où je l’ai obtenu, la saison s’est avancée, les Alpes se sont couvertes de glace & de neige ; il n’y a plus moyen de songer à les passer dans mon état. Mille considérations impossibles à détailler dans une lettre, m’ont forcé à prendre le parti le plus violent, le plus terrible auquel mon cœur pût jamais se résoudre, mais le seul qui m’ait paru me rester ; c’est de repasser en Angleterre, & d’aller finir mes malheureux jours dans ma triste solitude de Wootton, où depuis mon départ le propriétaire m’a souvent rappelé par force cajoleries. Je viens de lui écrire en conséquence de cette résolution ; j’ai même écrit aussi à l’Ambassadeur d’Angleterre ; si ma proposition est acceptée, comme elle le sera infailliblement, je ne puis plus m’en dédire, & il faut partir. Rien ne peut égaler l’horreur que m’inspire ce voyage ; mais je ne vois plus de moyen de m’en tirer sans mériter des reproches ; & à tout âge, surtout au mien, il vaut mieux être malheureux que coupable.

J’aurois doublement tort d’acheter par rien de repréhensible le repos du peu de jours qui me restent à passer. Mais