Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/404

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je vous avoue que ce beau séjour de Lavagnac, le voisinage de M. Venel, l’avantage d’être auprès de son ami, par conséquent d’un honnête homme, au lieu qu’à Trie, j’étois entre les mains du dernier des malheureux ; tout cela me suivra en idée dans ma sombre retraite, & y augmentera ma misère, pour n’avoir pu faire mon bonheur. Ce qui me tourmente encore plus en ce moment, est une lueur de vaine espérance dont je vois l’illusion, mais qui m’inquiète malgré que j’en aie. Quand mon sort sera parfaitement décidé, & qu’il ne me restera qu’à m’y soumettre, j’aurai plus de tranquillité. C’est en attendant, un grand soulagement pour mon cœur d’avoir épanché dans le vôtre tout ce détail de ma situation. Au reste, je suis attendri d’imaginer vos Dames, vous & M. Venel faisant ensemble ce pélérinage bienfaisant, qui mérite mieux que ceux de Lorette, d’être mis au nombre des œuvres de miséricorde. Recevez tous mes plus tendres remercîmens & ceux de ma femme ; faites agréer ses respects & les miens à vos Dames. Nous vous saluons & vous embrassons l’un & l’autre de tout notre cœur.

J’ai proposé l’alternative de l’Angleterre & de Minorque, que j’aimerois mieux à cause du climat. Si ce dernier parti est préféré, ne pourrions-nous pas nous voir avant mon départ, soit à Montpellier, soit à Marseille ?