Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/423

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de mon vivant, ou plutôt qu’on disséque un autre corps sous mon nom. Car quelle part ai-je au recueil dont vous me parlez ? si ce n’est deux ou trois lettres de moi qui y sont insérées, & sur lesquelles, pour faire croire que le recueil entier en étoit, on a eu l’impudence de le faire imprimer à Londres sous mon nom, tandis que j’étois en Angleterre, en supprimant la première édition de Lausanne faite sous les yeux de l’auteur. J’entrevois que l’impression du chiffon académique tient encore à quelque autre manœuvre souterraine de même acabit. Vous m’avez écrit quelquefois que je faisois du noir ; l’expression n’est pas juste ; ce n’est pas moi, Monsieur, qui fais du noir ; mais c’est moi qu’on en barbouille. Patience. Ils ont beau vouloir écarter le vivier d’eau claire ; il se trouvera quand je ne serai plus en leur pouvoir, & au moment qu’ils y penseront le moins. Aussi, qu’ils fassent désormais à leur aise, je les mets au pis. J’attends sans allarmes l’explosion qu’ils comptent faire après ma mort sur ma mémoire ; semblables aux vils corbeaux qui s’acharnent sur les cadavres. C’est alors qu’ils croiront n’avoir plus à craindre le trait de lumière qui, de mon vivant, ne cesse de les faire trembler, & c’est alors que l’on connoîtra peut-être le prix de ma patience & de mon silence. Quoiqu’il en soit, en quittant Bourgoin, j’ai quitté tous les soucis qui m’en ont rendu le séjour aussi déplaisant que nuisible. L’état où je suis a plus fait pour ma tranquillité, que les leçons de la philosophie & de la raison. J’ai vécu, Monsieur ; je suis content de l’emploi de ma vie, & du même,œil que j’en vois les restes, je vois