Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/61

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plus intéressant. J’étois bien sûr, & j’ai bien éprouvé dans la suite, qu’elles n’influoient pas sur ses sentimens, ni sur les soins que lui prescrit l’amitié dans les occasions sérieuses. Mais il est vrai que dans sa façon d’obliger, il met encore la même singularité que dans ses manières. Je n’en citerai qu’un seul trait sur une bagatelle. Comme la journée de Motiers à Colombier étoit trop forte pour moi, je la partageois d’ordinaire en partant après dîner & couchant à Brot, à moitié chemin. L’hôte, appelé Sandoz, ayant à solliciter à Berlin une grace qui lui importoit extrêmement, me pria de demander a son Excellence à la demander pour lui : volontiers. Je le mène avec moi ; je le laisse dans l’antichambre & je parle de son affaire à milord, qui ne me répond rien. La matinée se passe ; en traversant la salle pour aller dîner, je vais le pauvre Sandoz qui se morfondoit d’attendre. Croyant que milord l’avoit oublié, je lui en reparle avant de nous mettre à table ; mot, comme auparavant. Je trouvai cette manière de me faire sentir combien je l’importunois, un peu dure, & je me tus en plaignant tout bas le pauvre Sandoz. En m’en retournant le lendemain, je fus bien surpris du remerciement qu’il me fit, du bon accueil & du dîne qu’il avoit eus chez S. E., qui de plus avoit reçu son papier. Trois semaines après, milord lui envoya le rescrit qu’il avoit demandé, expédié par le ministre, & signé du roi, & cela, sans m’avoir jamais voulu dire ni répondre un seul mot, ni à lui non plus, sur cette affaire, dont je crus qu’il ne vouloit pas se charger.

Je voudrois ne pas cesser de parler de George Keith :