Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/76

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plaindre. Bientôt je ne songeai pas plus à cette infidélité que si l’on ne m’en eût fait aucune, & je me mis à rassembler les matériaux qu’on m’avoit laissés, pour travailler à mes Confessions.

J’avois long-temps cru qu’à Genève la compagnie des ministres, ou du moins les citoyens, & bourgeois, réclameroient contre l’infraction de l’édit dans le décret porté contre moi. Tout resta tranquille, du moins à l’extérieur ; car il y avoit un mécontentement général qui n’attendoit qu’une occasion pour se manifester. Mes amis, ou soi-disant tels, m’écrivoient lettres sur lettres pour m’exhorter à venir me mettre à leur tête, m’assurant d’une réparation publique de la part du Conseil. La crainte du désordre, & des troubles que ma présence pouvoit causer m’empêcha d’acquiescer à leurs instances ; & fidèle au serment que j’avois fait autrefois de ne jamais tremper dans aucune dissension civile dans mon pays, j’aimai mieux laisser subsister l’offense, & me bannir pour jamais de ma patrie que d’y rentrer par des moyens violens, & dangereux. Il est vrai que je m’étois attendu, de la part de la bourgeoisie, à des représentations légales, & paisibles contre une infraction qui l’intéressoit extrêmement. Il n’y en eut point. Ceux qui la conduisoient cherchoient moins le vrai redressement des griefs que l’occasion de se rendre nécessaires. On cabaloit, mais on gardoit le silence, & on laissoit clabauder les caillettes, & les cafards