Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/82

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revenir à Rey, prenant soin de n’envoyer mes cahiers que l’un après l’autre, & de ne lâcher les suivans qu’après avoir eu avis de la réception des premiers. Avant la publication de l’ouvrage, je sus qu’il avoit été vu dans les bureaux des ministres ; & d’Escherny, de Neuchâtel, me parla d’un livre de l’homme de la montagne, que d’H

[olbac] k lui avoit dit être de moi. Je l’assurai, comme il étoit vrai, n’avoir jamais fait de livre qui eût ce titre. Quand les lettres parurent il étoit furieux, & m’accusa de mensonge, quoique je ne lui eusse dit que la vérité. Voilà comment j’eus l’assurance que mon manuscrit étoit connu. Sûr de la fidélité de Rey, je fus forcé de porter ailleurs mes conjectures ; & celle à laquelle j’aimai le mieux m’arrêter fut que mes paquets avoient été ouverts à la poste.

Une autre connoissance à peu près du même temps, mais que je fis d’abord seulement par lettres, fut celle d’un M. L

[aliau] d, de Nîmes, lequel m’écrivit de Paris, pour me prier de lui envoyer mon profil à la silhouette, dont il avoit, disait-il, besoin pour mon buste en marbre, qu’il faisoit faire par le Moine, pour le placer dans sa bibliothèque. Si c’étoit une cajolerie inventée pour m’apprivoiser, elle réussit pleinement. Je jugeai qu’un homme qui vouloit avoir mon buste en marbre dans sa bibliothèque étoit plein de mes ouvrages, par conséquent de mes principes, & qu’il m’aimoit, parce que son ame étoit au ton de la mienne. Il étoit difficile que cette idée ne me séduisît pas. J’ai vu M. L

[aliau] d dans la suite. Je l’ai trouvé très zélé pour me rendre beaucoup de petits services, pour s’entremêler beaucoup