Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/88

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ces plaisirs de l’âme que les persécuteurs ne sauroient connoître ni ôter aux opprimés.

Je ne croirai jamais que Sauttern fût un espion, ni qu’il m’oit trahi ; mais il m’a trompé. Quand j’épanchois avec lui mon cœur sans réserve, il eut le courage de me fermer constamment le sien, & de m’abuser par des mensonges. Il me controuva je ne sais quelle histoire, qui me fit juger que sa présence étoit nécessaire dans son pays. Je l’exhortai de partir au plus vite : il partit ; & quand je le croyois déjà en Hongrie, j’appris qu’il étoit à Strasbourg. Ce n’étoit pas la premiere fois qu’il y avoit été. Il y avoit jetté du désordre dans un ménage : le mari, sachant que je le voyais, m’avoit écrit. Je n’avois omis aucun soin pour ramener la jeune femme à la vertu, & Sauttern à son devoir.

Quand je les croyois parfaitement détachés l’un de l’autre, ils s’étoient rapprochés, & le mari même eut la complaisance de reprendre le jeune homme dans sa maison ; dès-lors je n’eus plus rien à dire. J’appris que le prétendu baron m’en avoit imposé par un tas de mensonges. Il ne s’appeloit point Sauttern, il s’appeloit Sauttersheim. À l’égard du titre de baron, qu’on lui donnoit en Suisse, je ne pouvois le lui reprocher, parce qu’il ne l’avoit jamais pris ; mais je ne doute pas qu’il ne fût bien gentilhomme ; & milord maréchal, qui se connoissoit en hommes, & qui avoit été dans son pays, l’a toujours regardé, & traité comme tel.

Sitôt qu’il fut parti, la servante de l’auberge où il mangeoit à Motiers, se déclara grosse de son fait. C’étoit une si vilaine salope, & Sauttern, généralement estimé & considéré