Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/89

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dans tout le pays par sa conduite, & ses mœurs honnêtes, se piquoit si fort de propreté, que cette imprudence choqua tout le monde. Les plus aimables personnes du pays, qui lui avoient inutilement prodigué leurs agaceries, étoient furieuses : j’étois outré d’indignation. Je fis tous mes efforts pour faire arrêter cette effrontée, offrant de payer tous les frais & de cautionner Sauttersheim. Je lui écrivis dans la forte persuasion, non seulement que cette grossesse n’étoit pas de son fait, mais qu’elle étoit feinte, & que tout cela n’étoit qu’un jeu joué par ses ennemis & les miens. Je voulois qu’il revînt dans le pays confondre cette coquine, & ceux qui la faisoient parler. Je fus surpris de la molesse de sa réponse. Il écrivit au pasteur dont la salope étoit paroissienne, & fit en sorte d’assoupir l’affaire, ce que voyant, je cessai de m’en mêler, fort étonné qu’un homme aussi crapuleux eût pu être assez maître de lui-même pour m’en imposer, par sa réserve dans la plus intime familiarité.

De Strasbourg, Sauttersheim fut à Paris chercher fortune, & n’y trouva que de la misère. Il m’écrivit en disant son peccavi. Mes entrailles s’émurent au souvenir de notre ancienne amitié, je lui envoyai quelque argent. L’année suivante à mon passage à Paris, je le revis à-peu-près dans le même état ; mais grand ami de M. L

[aliau] d, sans que j’aye pu savoir d’où lui venoit cette connoissance, & si elle étoit ancienne ou nouvelle. Deux ans après, Sauttersheim retourna à Strasbourg, d’où il m’écrivit, & où il est mort. Voilà l’histoire abrégée de nos liaisons, & ce que je sais de ses aventures : mais en déplorant le sort de ce malheureux