Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/123

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sur la terre, & l’amour seul me tient lieu de tout. Ne soyez donc pas surprise si, bien que votre ame soit la plus sensible, la mienne soit le mieux aimer ; & si, vous cédant en tant de choses, j’emporte au moins le prix de l’amour.

Ne craignez pourtant pas que je vous importune encore de mes indiscretes plaintes. Non, je respecterai vos plaisirs, & pour eux-mêmes qui sont si purs, & pour vous qui les ressentez. Je m’en formerai dans l’esprit le touchant spectacle, je les partagerai de loin, & ne pouvant être heureux de ma propre félicité, je le serai de la vôtre. Quelles que soient les raisons qui me tiennent éloigné de vous, je les respecte ; & que me serviroit de les connoître, si quand je devrois les désapprouver, il n’en faudroit pas moins obéir à la volonté qu’elles vous inspirent ? M’en coûtera-t-il plus de garder le silence qu’il m’en coûta de vous quitter ? Souvenez-vous toujours, ô Julie ! que votre ame a deux corps à gouverner, & que celui qu’elle anime par son choix lui sera toujours le plus fidele.

nodo più forte :

Fabricato da noi, non dalla sorte.

Je me tais donc, &, jusqu’à ce qu’il vous plaise de terminer mon exil, je vais tâcher d’en tempérer l’ennui en parcourant les montagnes du Valais, tandis qu’elles sont encore praticables. Je m’apperçois que ce pays ignoré mérite les regards des hommes, & qu’il ne lui manque, pour être admiré que des spectateurs qui le sachent voir. Je tâcherai d’en tirer quelques observations dignes de vous plaire. Pour amuser une jolie femme, il faudroit peindre un peuple aimable &