Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/124

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galant. Mais toi, ma Julie, ah ! je le sais bien, le tableau d’un peuple heureux & simple est celui qu’il faut à ton cœur.




LETTRE XXII.


DE JULIE.


Enfin le premier pas est franchi, & il a été question de vous. Malgré le mépris que vous témoignez pour ma doctrine, mon pere en a été surpris : il n’a pas moins admiré mes progrès dans la musique & dans le dessin [1], & au grand étonnement de ma mere, prévenue par vos calomnies [2], au blason près qui lui a paru négligé : il a été fort content de tous mes talens. Mais ces talens ne s’acquierent pas sans maître ; il a falu nommer le mien, & je l’ai fait avec une énumération pompeuse de toutes les sciences qu’il vouloit bien m’enseigner, hors une. Il s’est rappellé de vous avoir vu plusieurs fois à son précédent voyage, & il n’a pas paru qu’il eût conservé de vous une impression désavantageuse.

Ensuite il s’est informé de votre fortune ; on lui a dit qu’elle étoit médiocre ; de votre naissance ; on lui a dit qu’elle

  1. Voilà, ce me semble, un Sage de vingt ans qui fait prodigieusement de choses ! Il est vrai que Julie le félicite à trente de n’être plus si savant
  2. Cela se rapporte à une lettre à la mere, écrite sur un équivoque, & qui a été supprimée.