Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/194

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de bien faire a tant instruite du goût qu’on y trouve. Quel étrange empire est le vôtre, de pouvoir rendre les privations aussi douces que les plaisirs, & donner à ce qu’on fait pour vous le même charme qu’on trouveroit à se contenter soi-même ! Ah ! je l’ai dit cent fois, tu es un ange du Ciel, ma Julie ! sans doute avec tant d’autorité sur mon ame la tienne est plus divine qu’humaine. Comment n’être pas éternellement à toi puisque ton regne est céleste, & que serviroit de cesser de t’aimer s’il faut toujours qu’on t’adore.

P.S. Suivant mon calcul, nous avons encore au moins cinq ou six jours jusqu’au retour de la Maman. Seroit-il impossible durant cet intervalle de faire un pélerinage au Chalet ?

LETTRE XLIV. DE JULIE.

Ne murmure pas tant, mon ami, de ce retour précipité. Il nous est plus avantageux qu’il ne semble, & quand nous aurions fait par adresse ce que nous avons fait par bienfaisance, nous n’aurions pas mieux réussi. Regarde ce qui seroit arrivé si nous n’eussions suivi que nos fantaisies. Je serois allée à la campagne précisément la veille du retour de ma mere à la ville ; j’aurois eu un exprès avant d’avoir pu ménager notre entrevue ; il auroit falu partir sur-le-champ,