Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/207

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mon côté des scenes, des cantates françoises, & nous verrons !

En arrivant chez moi j’étois d’un accablement que m’a donné le peu d’habitude de veiller & qui se perd en t’écrivant. Il faut pourtant tâcher de dormir quelques heures. Viens avec moi, ma douce amie ; ne me quitte point durant mon sommeil ; mais soit que ton image le trouble ou le favorise, soit qu’il m’offre ou non les noces de la Fanchon, un instant délicieux qui ne peut m’échapper & qu’il me prépare, c’est le sentiment de mon bonheur au réveil.

LETTRE XLVIII. À JULIE.

Ah ! ma Julie, qu’ai-je entendu ? Quels sons touchans ? Quelle musique ? Quelle source délicieuse de sentimens & de plaisirs ? Ne perds pas un moment ; rassemble avec soin tes opéras, tes cantates, ta musique françoise, fais un grand feu bien ardent, jettes-y tout ce fatras, & l’attise avec soin, afin que tant de glace puisse y brûler & donner de la chaleur au moins une fois. Fais ce sacrifice propitiatoire au Dieu du goût, pour expier ton crime & le mien d’avoir profané ta voix à cette lourde psalmodie, & d’avoir pris si long-tems pour le langage du cœur un bruit qui ne fait qu’étourdir l’oreille. Ô que ton digne frere avoit raison ! Dans quelle étrange erreur j’ai vécu jusqu’ici sur les productions