Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/218

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Que dis-je ? Un amant n’est-il qu’un homme ? Ah ! qu’il est un être bien plus sublime ! Il n’y a point d’homme pour celle qui aime : son amant est plus ; tous les autres sont moins ; elle & lui sont les seuls de leur espece. Ils ne désirent pas, ils aiment. Le cœur ne suit point les sens, il les guide ; il couvre leurs égaremens d’un voile délicieux. Non, il n’y a rien d’obscene que la débauche & son grossier langage. Le véritable amour toujours modeste n’arrache point ses faveurs avec audace ; il les dérobe avec timidité. Le mystere, le silence, la honte craintive aiguisent & cachent ses doux transports ; sa flamme honore & purifie toutes ses caresses ; la décence & l’honnêteté l’accompagnent au sein de la volupté même, & lui seul sait tout accorder aux désirs sans rien ôter à la pudeur. Ah dites ! vous qui connûtes les vrais plaisirs ; comment une cynique effronterie pourroit-elle s’allier avec eux ? Comment ne banniroit-elle pas leur délire & tout leur charme ? Comment ne souilleroit-elle pas cette image de perfection sous laquelle on se plaît à contempler l’objet aimé ? Croyez-moi, mon ami, la débauche & l’amour ne sauroient loger ensemble, & ne peuvent pas même se compenser. Le cœur fait le vrai bonheur quand on s’aime, & rien n’y peut suppléer sitôt qu’on ne s’aime plus.

Mais quand vous seriez assez malheureux pour vous plaire à ce déshonnête langage, comment avez-vous pu vous résoudre à l’employer si mal à propos, & à prendre avec celle qui vous est chére un ton & des manieres qu’un homme d’honneur doit même ignorer ? Depuis quand est-il doux d’affliger ce qu’on aime, & quelle est cette volupté barbare qui se