Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/226

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& tous les passages, sont un effet naturel de la douceur du chant & de la précision de la mesure, de sorte que ce qui me paroissoit le plus difficile à apprendre, n’a pas même besoin d’être enseigné. Le caractere de la mélodie a tant de rapport au ton de la langue, & une si grande pureté de modulation, qu’il ne faut qu’écouter la basse & savoir parler pour déchiffrer aisément le chant. Toutes les passions y ont des expressions aigues & fortes ; tout au contraire de l’accent traînant & pénible du chant françois, le sien, toujours doux & facile, mais vif & touchant dit beaucoup avec peu d’effort. Enfin, je sens que cette musique agite l’ame & repose la poitrine ; c’est précisément celle qu’il faut à mon cœur & à mes poumons. À mardi donc, mon aimable ami, mon maître, mon pénitent, mon apôtre, hélas ! que ne m’es-tu point ? Pourquoi faut-il qu’un seul titre manque à tant de droits ?

P.S. Sais-tu qu’il est question d’une jolie promenade sur l’eau, pareille à celle que nous fîmes il y a deux ans avec la pauvre Chaillot ? Que mon rusé maître étoit timide alors ! Qu’il trembloit en me donnant la main pour sortir du bateau ! Ah ! l’hypocrite !… il a beaucoup changé.