Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/26

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autres, & puis, que forcé d’affirmer à chaque instance qu’on ne croit pas, d’exprimer des sentimens qu’on n’a point, on cherche à donner à ce qu’on dit un tour persuasif qui supplée à la persuasion intérieure. Croyez - vous que les gens vraiment passionnés agent ces manieres de parler vives, fortes, coloriées que vous admirez dans vos Drames & dans vos Romans ? Non ; la passion pleine d’elle-même, s’exprime avec plus d’abondance que de force ; elle ne songe pas même à persuader ; elle ne soupçonne pas qu’on puisse douter d’elle. Quand elle dit ce qu’elle sent, c’est moins pour l’exposer, aux autres que pour se soulager. On peint plus vivement l’amour dans les grandes Villes l’y sent - on mieux que dans les hameaux ?

N. C’est-à-dire due la faiblesse du langage prouve la force du sentiment ?

R. Quelquefois du moins elle en montre la vérité. Lisez une lettre d’amour faite par un Auteur dans son cabinet, par un bel esprit qui veut briller. Pour peu qu’il ait de feu dans la tête, sa plumeva, comme on dit, brûler le papier ; la chaleur