Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/262

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ton mariage avec ton ami, qu’il appelloit hautement le sien, & auquel il offroit de faire en cette qualité un établissement convenable. Ton pere avoit rejetté avec mépris cette proposition, & c’étoit là-dessus que les propos commençoient à s’échauffer. Sachez, lui disoit Milord, malgré vos préjugés, qu’il est de tous les hommes le plus digne d’elle, & peut-être le plus propre à la rendre heureuse. Tous les dons qui ne dépendent pas des hommes il les a reçus de la nature, & il y a ajouté tous les talens qui ont dépendu de lui. Il est jeune, grand, bien fait, robuste, adroit ; il a de l’éducation, du sens, des mœurs, du courage ; il a l’esprit orné, l’ame saine, que lui manque-t-il donc pour mériter votre aveu ? La fortune ? Il l’aura. Le tiers de mon bien suffit pour en faire le plus riche particulier du pays de Vaud, j’en donnerai s’il le faut jusqu’à la moitié. La noblesse ? Vaine prérogative dans un pays où elle est plus nuisible qu’utile. Mais il l’a encore, n’endoutez pas, non point écrite d’encre en de vieux parchemins, mais gravée au fond de son cœur en caracteres ineffaçables. En un mot si vous préférez la raison au préjugé, & si vous aimez mieux votre fille que vos titres, c’est à lui que vous la donnerez.

Là-dessus ton pere s’emporta vivement. Il traita la proposition d’absurde & de ridicule. Quoi ! Milord, dit-il, un homme d’honneur comme vous peut-il seulement penser que le dernier rejetton d’une famille illustre aille éteindre ou dégrader son nom dans celui d’un Quidam sans asyle, & réduit à vivre d’aumônes ?… -Arrêtez, interrompit Edouard,