Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/302

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entêté. Tels malgré lui pourroient-ils être encore, si l’un des deux étoit bien conseillé.

L’exemple de Julie & le vôtre montrent également que c’est aux époux seuls à juger s’ils se conviennent. Si l’amour ne regne pas, la raison choisira seule ; c’est le cas où vous êtes ; si l’amour regne, la nature a déjà choisi ; c’est celui de Julie. Telle est la loi sacrée de la nature qu’il n’est pas permis à l’homme d’enfreindre, qu’il n’enfreint jamais impunément, & que la considération des états & des rangs ne peut abroger qu’il n’en coûte des malheurs & des crimes.

Quoique l’hiver s’avance & que j’aie à me rendre à Rome, je ne quitterai point l’ami que j’ai sous ma garde, que je ne voye son ame dans un état de consistance sur lequel je puisse compter. C’est un dépôt qui m’est cher par son prix, & parce que vous me l’avez confié. Si je ne puis faire qu’il soit heureux, je tâcherai du moins qu’il soit sage, & qu’il porte en homme les maux de l’humanité. J’ai résolu de passer ici une quinzaine de jours avec lui, durant lesquels j’espere que nous recevrons des nouvelles de Julie & des vôtres, & que vous m’aiderez toutes deux à mettre quelque appareil sur les blessures de ce cœur malade, qui ne peut encore écouter la raison que par l’organe du sentiment. Je joins ici une lettre pour votre amie : ne la confiez, je vous prie, à aucun commissionnaire, mais remettez-la vous-même.