Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/398

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un autre que toi-même, encore le premier venu seroit-il le seul écouté. Ne t’inquiete donc point de ces deux especes dont je daigne à peine te parler. Quel plaisir J’aurois à leur mesurer deux doses de dégoût si parfaitement égales qu’ils prissent la résolution de partir ensemble comme ils sont venus & que je pusse t’apprendre à la fois le départ de tous deux ?

M. de Crouzas vient de nous donner une réfutation des épîtres de Pope, que j’ai lue avec ennui. Je ne sais pas au vrai lequel des deux auteurs a raison ; mais je sais bien que le livre de M. de Crouzas ne fera jamais faire une bonne action & qu’il n’y a rien de bon qu’on ne soit tenté de faire en quittant celui de Pope. Je n’ai point, pour moi, d’autre maniere de juger de mes lectures que de sonder les dispositions où elles laissent mon ame & j’imagine à peine quelle sorte de bonté peut avoir un livre qui ne porte point ses lecteurs au bien [1].

Adieu, mon trop cher ami, je ne voudrois pas finir sitôt ; mais on m’attend, on m’appelle. Je te quitte à regret, car je suis gaie & j’aime à partager avec toi mes plaisirs ; ce qui les anime & les redouble est que ma mere se trouve mieux depuis quelques jours ; elle s’est senti assez de force pour assister au mariage & servir de mere à sa niece, ou plutôt à sa seconde fille. La pauvre Claire en a pleuré de joie. Juge de moi, qui, méritant si peu de la conserver, tremble toujours de la perdre. En vérité elle fait les honneurs de la fête avec

  1. Si le lecteur approuve cette regle & qu’il s’en serve pour juger ce recueil, l’éditeur n’appellera pas de son jugement.