Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/43

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une fortune étroite ? Durant les longues nuits d’hiver, dépourvus de sociétés, ils employent la soirée à lire au coin de leur feu les Livres amusans qui leur tombent sous la main. Dans leur simplicité grossiere, ils ne se piquent ni de littérature, ni de bel esprit ; ils lisent pour se désennuyer & non pour s’instruire ; les Livres de morale & de philosophie sont pour eux comme n’existant pas : on en feroit en vain pour leur usage ; ils ne leur parviendroient jamais. Cependant, loin de leur rien offrir de convenable à leur situation, vos Romans ne servent qu’à la leur rendre encore plus amere. Ils changent leur retraite en un désert affreux, & pour quelques heures de distraction qu’ils leur donnent, ils leur préparent des mais de mal-aise & de vains regrets. Pourquoi n’oserois- je supposer que, par quelque heureux hazard, ce Livre, comme tant d’autres plus mauvais encore, pourra tomber dans les moins de ces Habitans des champs, & que l’image des plaisirs d’un état tout semblable au leur, le leur rendra plus supportable ? J’aime à me figurer deux époux lisant ce Recueil ensemble, y puisant un nouveau courage pour supporter leurs