Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/447

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


disoient-ils, envie de faire connoissance avec moi. Assez sot pour donner dans ce persiflage, je leur représentai qu’il seroit mieux d’aller premierement lui faire visite ; mais ils se moquerent de mon scrupule, me disant que la franchise suisse ne comportoit pas tant de façons & que ces manieres cérémonieuses ne serviroient qu’à lui donner mauvaise opinion de moi. À neuf heures nous nous rendîmes donc chez la dame. Elle vint nous recevoir sur l’escalier, ce que je n’avois encore observé nulle part. En entrant je vis à des bras de cheminées de vieilles bougies qu’on venoit d’allumer & partout, un certain air d’apprêt qui ne me plut point. La maîtresse de la maison me parut jolie, quoique un peu passée ; d’autres femmes à peu près du même âge & d’une semblable figure étoient avec elle ; leur parure, assez brillante, avoit plus d’éclat que de goût ; mais j’ai déjà remarqué que c’est un point sur lequel on ne peut guere juger en ce pays de l’état d’une femme.

Les premiers complimens se passerent à peu près comme partout ; l’usage du monde apprend à les abréger ou à les tourner vers l’enjouement avant qu’ils ennuient. Il n’en fut pas tout à fait de même sitôt que la conversation devint générale & sérieuse. Je crus trouver à ces dames un air contraint & gêné, comme si ce ton ne leur eût pas été familier ; & pour la premiere fois depuis que j’étois à Paris, je vis des femmes embarrassées à soutenir un entretien raisonnable. Pour trouver une matiere aisée, elles se jetterent sur leurs affaires de famille ; & comme je n’en connoissois pas une, chacune dit de la sienne ce qu’elle voulut. Jamais je