Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/451

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À ne regarder que la faute dont vous rougissez, vous vous trouvez bien plus coupable que vous ne l’êtes ; & je ne vois gueres en cette occasion que de l’imprudence à vous reprocher. Mais ceci vient de plus loin & tient à une plus profonde racine que vous n’appercevez pas, & qu’il faut que l’amitié vous découvre.

Votre premiere erreur est d’avoir pris une mauvaise route en entrant dans le monde ; plus vous avancez, plus vous vous égarez & je vois en frémissant que vous êtes perdu si vous ne revenez sur vos pas. Vous vous laissez conduire insensiblement dans le piege que j’avois craint. Les grossieres amorces du vice ne pouvoient d’abord vous séduire, mais la mauvaise compagnie a commencé par abuser votre raison pour corrompre votre vertu, & fait déjà sur vos mœurs le premier essai de ses maximes.

Quoique vous ne m’ayez rien dit en particulier des habitudes que vous vous êtes faites à Paris ; il est aisé de juger de vos sociétés par vos lettres, & de ceux qui vous montrent les objets par votre maniere de les voir. Je ne vous ai point caché combien j’étois peu contente de vos relations ; vous avez continué sur le même ton, & mon déplaisir n’a fait qu’augmenter. En vérité l’on prendroit ces lettres pour les sarcasmes d’un petit-maître [1], plutôt que pour les relations d’un philosophe ; & l’on a peine à les croire de la même

  1. Douce Julie, à combien de titres vous allez vous faire siffler ! eh quoi ! Vous n’avez pas même le ton du jour. Vous ne savez pas qu’il y a des petites-maîtresses, mais qu’il n’y a plus de petits-maîtres. Bon Dieu, que savez-vous donc ?