Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/462

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


J’avoue que la politique n’est guere du ressort des femmes, & mon oncle nous en a tant ennuyées, que je comprends comment vous avez pu craindre d’en faire autant. Ce n’est pas non plus, à vous parler franchement, l’étude à laquelle je donnerois la préférence ; son utilité est trop loin de moi pour me toucher beaucoup, & ses lumieres sont trop sublimes pour frapper vivement mes yeux. Obligée d’aimer le gouvernement sous lequel le Ciel m’a fait naître, je me soucie peu de savoir s’il en est de meilleurs. De quoi me serviroit de les connoître, avec si peu de pouvoir pour les établir, & pourquoi contristerois-je mon ame à considérer de si grands maux où je ne peux rien, tant que j’envois d’autres autour de moi qu’il m’est permis de soulager ? Mais je vous aime ; & l’intérêt que je ne prends pas au sujet, je le prends à l’auteur qui le traite. Je recueille avec une tendre admiration toutes les preuves de votre génie, & fiere d’un mérite si digne de mon cœur je ne demande à l’amour qu’autant d’esprit qu’il m’en faut pour sentir le vôtre. Ne me refusez donc pas le plaisir de connoître & d’aimer tout ce que vous faites de bien. Voulez-vous me donner l’humiliation de croire que, si le Ciel unissoit nos destinées, vous ne jugeriez pas votre compagne digne de penser avec vous ?