Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/472

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Mon cœur sans expérience ne connut le danger que quand il n’étoit plus tems de fuir, & je n’avois point encore appris de votre fille cet art cruel de vaincre l’amour par lui-même, qu’elle m’a depuis si bien enseigné. Banissez vos craintes, je vous en conjure. Y a-t-il quelqu’un au monde à qui son repos, sa félicité, son honneur soient plus chers qu’à moi ? Non, ma parole & mon cœur vous sont garans de l’engagement que je prends au nom de mon illustre ami comme au mien. Nulle indiscrétion ne sera commise soyez-en sûre, & je rendrai le dernier soupir sans qu’on sache quelle douleur termina mes jours. Calmez donc celle qui vous consume, & dont la mienne s’aigrit encore : essuyez des pleurs qui m’arrachent l’ame ; rétablissez votre santé ; rendez à la plus tendre fille qui fut jamais le bonheur auquel elle a renoncé pour vous ; soyez vous-même heureuse par elle ; vivez, enfin, pour lui faire aimer la vie. Ah ! malgré les erreurs de l’amour, être mere de Julie est encore un sort assez beau pour se féliciter de vivre !