Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/529

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plus que tout cela, retenue par une honte que je n’ai jamais pu vaincre, j’aimois mieux employer une excuse qui me parut plus sûre, parce qu’elle étoit plus selon sa maniere de penser. Je lui déclarai sans détour l’engagement que j’avois pris avec vous ; je protestai que je ne vous manquerois point de parole, & que, quoi qu’il pût arriver, je ne me marierois jamais sans votre consentement.

En effet, je m’aperçus avec joie que mon scrupule ne lui déplaisoit pas ; il me fit de vifs reproches sur ma promesse, mais il n’y objecta rien ; tant un gentilhomme plein d’honneur a naturellement une haute idée de la foi des engagements, & regarde la parole comme une chose toujours sacrée ! Au lieu donc de s’amuser à disputer sur la nullité de cette promesse, dont je ne serois jamais convenue, il m’obligea d’écrire un billet, auquel il joignit une lettre qu’il fit partir sur-le-champ. Avec quelle agitation n’attendis-je point votre réponse ! Combien je fis de vœux pour vous trouver moins de délicatesse que vous deviez en avoir ! Mais je vous connoissois trop pour douter de votre obéissance, & je savois que plus le sacrifice exigé vous seroit pénible, plus vous seriez prompt à vous l’imposer. La réponse vint ; elle me fut cachée durant ma maladie ; apres mon rétablissement mes craintes furent confirmées, & il ne me resta plus d’excuses. Au moins mon pere me déclara qu’il n’en recevroit plus ; & avec l’ascendant que le terrible mot qu’il m’avoit dit lui donnoit sur mes volontés, il me fit jurer que je ne dirois rien à M. de Wolmar qui pût le détourner de m’épouser ; car, ajouta-t-il, cela lui paraîtroit un jeu concerté