Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/534

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me fit frissonner ; tremblante, & prête à tomber en défaillance, j’eus peine à me traîner jusqu’au pied de la chaire. Loin de me remettre, je sentis mon trouble augmenter durant la cérémonie, & s’il me laissoit apercevoir les objets, c’étoit pour en être épouvantée. Le jour sombre de l’édifice, le profond silence des spectateurs, leur maintien modeste, & recueilli, le cortege de tous mes parents, l’imposant aspect de mon vénéré pere, tout donnoit à ce qui s’alloit passer un air de solennité qui m’excitoit à l’attention, & au respect, & qui m’eût fait frémir à la seule idée d’un parjure. Je crus voir l’organe de la Providence, & entendre la voix de Dieu dans le ministre prononçant gravement la sainte liturgie. La pureté, la dignité, la sainteté du mariage, si vivement exposées dans les paroles de l’Ecriture, ses chastes, & sublimes devoirs si importans au bonheur, à l’ordre, à la paix, à la durée du genre humain, si doux à remplir pour eux-mêmes ; tout cela me fit une telle impression, que je crus sentir intérieurement une révolution subite. Une puissance inconnue sembla corriger tout à coup le désordre de mes affections, & les rétablir selon la loi du devoir, & de la nature. L’œil éternel qui voit tout, disois-je en moi-même, lit maintenant au fond de mon cœur ; il compare ma volonté cachée à la réponse de ma bouche : le Ciel, & la terre sont témoins de l’engagement sacré que je prends ; ils le seront encore de ma fidélité à l’observer. Quel droit peut respecter parmi les hommes quiconque ose violer le premier de tous ?

Un coup d’œil jetté par hasard sur M., & Mde d’Orbe,