Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/535

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que je vis à côté l’un de l’autre, & fixant sur moi des yeux attendris, m’émut plus puissamment encore que n’avoient fait tous les autres objets. Aimable, & vertueux couple, pour moins connoître l’amour, en êtes-vous moins unis ? Le devoir, & l’honnêteté vous lient : tendres amis, époux fideles, sans brûler de ce feu dévorant qui consume l’ame, vous vous aimez d’un sentiment pur, & doux qui la nourrit, que la sagesse autorise, & que la raison dirige ; vous n’en êtes que plus solidement heureux. Ah ! puissé-je dans un lien pareil recouvrer la même innocence, & jouir du même bonheur ! Si je ne l’ai pas mérité comme vous, je m’en rendrai digne à votre exemple. Ces sentimens réveillerent mon espérance, & mon courage. J’envisageai le saint nœud que j’alloix former comme un nouvel état qui devoit purifier mon ame, & la rendre à tous ses devoirs. Quand le pasteur me demanda si je promettois obéissance, & fidélité parfaite à celui que j’acceptois pour époux, ma bouche, & mon cœur le promirent. Je le tiendrai jusqu’à la mort.

De retour au logis, je soupirois apres une heure de solitude, & de recueillement. Je l’obtins, non sans peine ; & quelque empressement que j’eusse d’en profiter, je ne m’examinai d’abord qu’avec répugnance, craignant de n’avoir éprouvé qu’une fermentation passagere en changeant de condition, & de me retrouver aussi peu digne épouse que j’avois été fille peu sage. L’épreuve étoit sûre, mais dangereuse. Je commençai par songer à vous. Je me rendois le témoignage que nul tendre souvenir n’avoit profané l’engagement solennel que je venois de prendre. Je ne pouvois concevoir par quel